Epave à La Paz
i Hola todos !
La dernière fois que j’ai écrit, j’étais de retour à La Paz, dans l’indécision la plus totale quant à la suite de mon voyage. Après avoir bien tergiversé, même envisagé un vol pour la Colombie ou l’Equateur histoire d’aller vers la chaleur et la plage, après bien des discussions par Skype avec mes proches, j’ai finalement choisi la raison, c'est-à-dire de m’en tenir à mon idée de départ, redescendre vers le sud de l’Argentine. Mais comme je manquais un peu d’exercice, avant de quitter La Paz, l’idée, c’était de trekker, et de finir en beauté par l’ascension du Huayna Potosi, un des 6000 mètres les plus faciles au monde (photo qui fait rêver, pas de moi...). Motivée à bloc par mon frère, par le challenge, et par le fait que mon père a couru un semi-marathon (bravo Papa !!!), parce qu’il n’y a pas de raison que moi aussi je n’accomplisse pas un exploit, j’étais donc partie pour trois jours de trek dans la Cordillera Real, puis trois jours d’ascension vers le Huayna Potosi. Ceci étant décidé, un petit intermède culturel s’imposait, je suis donc allée visiter le musée de la Coca : bien sympa, j’ai appris à quel point la consommation de coca était étroitement liée à la culture indienne, et aussi accessoirement quel était le portrait-robot du cocaïnomane.
Le soir, c’est le moment du briefing avec le groupe de trek. Mais je ne me sens pas bien, ça fait quelques jours que je ne mange pas, que j’ai des insomnies, il semblerait que ce soit le mal de l’altitude, et il parait donc plus raisonnable d’attendre un peu avant de partir en expédition. Pas grave, je laisse tomber le trek, prends trois jours tranquilles à La Paz pour me réacclimater, et je rejoindrai les autres lundi pour l’ascension. Je serai encordée avec une Canadienne qui est motivée pour monter lentement, mais sûrement, ce qui me convient parfaitement. Le lendemain, ça ne va pas vraiment mieux, j’ai des nausées, je suis super faible. Je rencontre Jean-Paul, un français baroudeur qui connait bien la Bolivie et plus particulièrement La Paz, qui me rappelle qu’un 6000 mètres ne se fait pas quand on n’est pas au top de sa forme, et me persuade d’annuler, ce qui est effectivement une sage décision. Il m’accompagne ensuite dans toutes les boutiques de musique du quartier touristique à la recherche du charengo parfait pour mon frère, puis nous dînons dans un super bon restaurant, tellement bon que j’arrive même à manger un peu !
Samedi, je me réveille encore moins en forme, mais Jean-Paul m’a proposé de me montrer La Paz vu du haut, c'est-à-dire des quartiers où je ne peux pas m’aventurer seule. La Paz, c’est une ville unique : il y a quasiment 1000 mètres de différence d’altitude entre les quartiers du haut, El Alto, et les plus bas, Zona Sur. Sa situation est, elle aussi, exceptionnelle : elle est construite en bordure d’un canyon, et entourée par des sommets de plus de 6000 mètres. La vue d’El Alto est impressionnante… Nous avons décidé de nous rendre à La Ceja, quartier le plus populaire de la ville, et nous le faisons à la locale, en collectivo, ces minibus qui parcourent la ville avec penché par la fenêtre quelqu’un qui hurle les différentes destinations. Ca donne un truc comme : « Santa Cruz-San Francisco-Stadium-Caramacho-Cemetterio-Oruro-Murillo-Autopista-La Ceja », tout ça d’une traite, à plein poumons et en boucle, et en imaginant qu’il y a environ dix collectivos dans la même rue ayant chacun son crieur…
Nous atteignons les hauts de La Paz où le spectacle est bien différent des rues du centre. Ici, seulement des Indiens, plus de Boliviens vêtus à l’européenne. Le premier quartier traversé est celui des marabouts - diseurs de bonne aventure. Des dizaines de petites cahutes se succèdent, sur chacune est clouée une pancarte promettant la guérison de tous les maux possibles et imaginables, retour de l’être aimé en 46 heures chrono, chance, amour et plein de
bolivianos, avec devant chacune un petit barbecue pour faire brûler herbes et offrandes. Puis c’est le marché, haut en couleurs, qui s’étale dans tout le quartier. Il n’y a pas un touriste autour de nous, les vendeurs acceptent plutôt de bonne grâce de se faire prendre en photo, ce qui n’est habituellement pas le cas. Nous atteignons enfin le quartier des sorcières et des élixirs. Là, comme dans le marché aux sorcières pour touristes du centre de La Paz, on trouve tout ce qu’il faut pour les offrandes à la Pachamama, des compositions à brûler supposées porter chance, et aussi et toujours les fameux fœtus de lama, cohabitant ici avec des fœtus d’âne. Renseignement pris, les fœtus ne servent pas à fabriquer des potions magiques, mais doivent être enterrés sous le porche d’une maison nouvellement construite pour porter chance aux habitants. Si j’avais lu le guide, je l’aurai su au lieu d’écrire n’importe quoi dans mon article précédent... Quoi qu’il en soit, le quartier était vraiment à voir, c’est une plongée dans un aspect de la vraie vie bolivienne, loin des stands de bijoux à touristes du La Paz central. Le lendemain, dans le journal, nous apprendrons qu’il y a eu une fusillade peu de temps après qu’on soit passé…
Après cette incartade dans le monde d’en haut, nous redescendons toute la ville pour nous rendre dans le quartier chic de Zona Sur, notre objectif étant l’Alliance Française, et surtout son restaurant. Je n’ai toujours pas faim, mais je me dis que la cuisine française va tout résoudre, et pourtant, même devant un verre de rouge et un canard aux figues, ça ne va pas mieux. Jean-Paul m’a proposé de partir trekker avec lui le lendemain dans le parc naturel de Sajama, à la frontière chilienne, mais ça semble compromis. Lorsque nous rentrons à l’hôtel, j’ai de la fièvre et vais directement au lit. Il semble clair que ce n’est pas le mal de l’altitude, mais que j’ai ramené une petite bactérie de la jungle bolivienne…
Dimanche, je me suis levée plus en forme, mais pas assez pour partir trekker. Jean-Paul est resté un jour de plus, et nous en avons profité pour aller voir un spectacle typiquement bolivien, un match de catch durant lequel combattent des Cholitas, ces boliviennes-indiennes aux longues tresses et en costume traditionnel. Je m’attendais à ce que les
combats n’opposent que ces Cholitas, mais en fait, il y a des catcheurs plus traditionnels aux noms et aux costumes ridicules, tels la Tortue Ninja ou le Prisonnier fou. Chaque combat est toute une mise en scène, il y a toujours un gentil qui commence par se faire injustement rouster, mais qui finit par retourner la situation et sort victorieux. Lorsque les Cholitas combattent, c’est toujours le même scénario : le combattant mâle commence par refuser d’affronter une femme, et quitte le ring sous les sifflets du public, puis revient, se prend deux ou trois petites claques typiquement féminines, s’énerve et attaque sauvagement la Cholita, souvent aidé par l’arbitre. Le public compatit, insulte, et jette du pop-corn, des bouteilles en plastique ou encore des restes d’empenadas sur les méchants, et soudain, la Cholita se réveille et finit par mettre une bonne raclée aux deux autres, encouragée par les hurlements de la foule en délire. J’ai bien ri, c’est un vrai spectacle aussi bien sur scène que dans le public, les Boliviens étant totalement à fond. Ils viennent en famille, de la grand-mère au bébé, et vivent les combats comme si c’était réel… Mon estomac va mieux, un petit resto indien le soir pour fêter ça.
Et là, Jean-Paul est enfin parti, sans moi, et j’ai décidé de bouger rapidement. Le moral n’est pas au beau fixe, tous ces jours passés à La Paz sans faire grand-chose, tous ces projets annulés n’ont pas aidé, tant pis pour le Huayna Potosi, le 6000 mètres, ce ne sera pas pour cette fois. J’ai passé la journée à déambuler dans La Paz, histoire de profiter de sa douceur de vivre une dernière fois, je me suis perdue dans le coin des mécaniciens, retrouvé ma route au Mercado Negro, acheté des empenadas et du jus de pomme au qinoa aux mamitas, tenté de me faire épiler les jambes dans le coin des coiffeurs pour finalement payer pour que ça s’arrête, mangé des mangues et écouté le refrain mélodieux des crieurs de bus…. Et ce soir, c’est le départ pour Sucre, la capitale administrative du pays, ville réputée pour être une des plus belles d’Amérique du Sud.
Voilà pour cette semaine absolument pas riche en rebondissements, certainement la plus longue et la moins agréable depuis le début du voyage. Annuler tout ce qu’on a eu tant de mal à prévoir, ça met un petit coup au moral. Du coup, ça m’a motivée à avancer un peu plus vite vers le sud, et j’espère rejoindre le Chili d’ici le week-end prochain, et d’ici là, être regonflée à bloc !
L’album La Paz a été mis à jour.
La dernière fois que j’ai écrit, j’étais de retour à La Paz, dans l’indécision la plus totale quant à la suite de mon voyage. Après avoir bien tergiversé, même envisagé un vol pour la Colombie ou l’Equateur histoire d’aller vers la chaleur et la plage, après bien des discussions par Skype avec mes proches, j’ai finalement choisi la raison, c'est-à-dire de m’en tenir à mon idée de départ, redescendre vers le sud de l’Argentine. Mais comme je manquais un peu d’exercice, avant de quitter La Paz, l’idée, c’était de trekker, et de finir en beauté par l’ascension du Huayna Potosi, un des 6000 mètres les plus faciles au monde (photo qui fait rêver, pas de moi...). Motivée à bloc par mon frère, par le challenge, et par le fait que mon père a couru un semi-marathon (bravo Papa !!!), parce qu’il n’y a pas de raison que moi aussi je n’accomplisse pas un exploit, j’étais donc partie pour trois jours de trek dans la Cordillera Real, puis trois jours d’ascension vers le Huayna Potosi. Ceci étant décidé, un petit intermède culturel s’imposait, je suis donc allée visiter le musée de la Coca : bien sympa, j’ai appris à quel point la consommation de coca était étroitement liée à la culture indienne, et aussi accessoirement quel était le portrait-robot du cocaïnomane.Le soir, c’est le moment du briefing avec le groupe de trek. Mais je ne me sens pas bien, ça fait quelques jours que je ne mange pas, que j’ai des insomnies, il semblerait que ce soit le mal de l’altitude, et il parait donc plus raisonnable d’attendre un peu avant de partir en expédition. Pas grave, je laisse tomber le trek, prends trois jours tranquilles à La Paz pour me réacclimater, et je rejoindrai les autres lundi pour l’ascension. Je serai encordée avec une Canadienne qui est motivée pour monter lentement, mais sûrement, ce qui me convient parfaitement. Le lendemain, ça ne va pas vraiment mieux, j’ai des nausées, je suis super faible. Je rencontre Jean-Paul, un français baroudeur qui connait bien la Bolivie et plus particulièrement La Paz, qui me rappelle qu’un 6000 mètres ne se fait pas quand on n’est pas au top de sa forme, et me persuade d’annuler, ce qui est effectivement une sage décision. Il m’accompagne ensuite dans toutes les boutiques de musique du quartier touristique à la recherche du charengo parfait pour mon frère, puis nous dînons dans un super bon restaurant, tellement bon que j’arrive même à manger un peu !
Samedi, je me réveille encore moins en forme, mais Jean-Paul m’a proposé de me montrer La Paz vu du haut, c'est-à-dire des quartiers où je ne peux pas m’aventurer seule. La Paz, c’est une ville unique : il y a quasiment 1000 mètres de différence d’altitude entre les quartiers du haut, El Alto, et les plus bas, Zona Sur. Sa situation est, elle aussi, exceptionnelle : elle est construite en bordure d’un canyon, et entourée par des sommets de plus de 6000 mètres. La vue d’El Alto est impressionnante… Nous avons décidé de nous rendre à La Ceja, quartier le plus populaire de la ville, et nous le faisons à la locale, en collectivo, ces minibus qui parcourent la ville avec penché par la fenêtre quelqu’un qui hurle les différentes destinations. Ca donne un truc comme : « Santa Cruz-San Francisco-Stadium-Caramacho-Cemetterio-Oruro-Murillo-Autopista-La Ceja », tout ça d’une traite, à plein poumons et en boucle, et en imaginant qu’il y a environ dix collectivos dans la même rue ayant chacun son crieur…Nous atteignons les hauts de La Paz où le spectacle est bien différent des rues du centre. Ici, seulement des Indiens, plus de Boliviens vêtus à l’européenne. Le premier quartier traversé est celui des marabouts - diseurs de bonne aventure. Des dizaines de petites cahutes se succèdent, sur chacune est clouée une pancarte promettant la guérison de tous les maux possibles et imaginables, retour de l’être aimé en 46 heures chrono, chance, amour et plein de
bolivianos, avec devant chacune un petit barbecue pour faire brûler herbes et offrandes. Puis c’est le marché, haut en couleurs, qui s’étale dans tout le quartier. Il n’y a pas un touriste autour de nous, les vendeurs acceptent plutôt de bonne grâce de se faire prendre en photo, ce qui n’est habituellement pas le cas. Nous atteignons enfin le quartier des sorcières et des élixirs. Là, comme dans le marché aux sorcières pour touristes du centre de La Paz, on trouve tout ce qu’il faut pour les offrandes à la Pachamama, des compositions à brûler supposées porter chance, et aussi et toujours les fameux fœtus de lama, cohabitant ici avec des fœtus d’âne. Renseignement pris, les fœtus ne servent pas à fabriquer des potions magiques, mais doivent être enterrés sous le porche d’une maison nouvellement construite pour porter chance aux habitants. Si j’avais lu le guide, je l’aurai su au lieu d’écrire n’importe quoi dans mon article précédent... Quoi qu’il en soit, le quartier était vraiment à voir, c’est une plongée dans un aspect de la vraie vie bolivienne, loin des stands de bijoux à touristes du La Paz central. Le lendemain, dans le journal, nous apprendrons qu’il y a eu une fusillade peu de temps après qu’on soit passé…Après cette incartade dans le monde d’en haut, nous redescendons toute la ville pour nous rendre dans le quartier chic de Zona Sur, notre objectif étant l’Alliance Française, et surtout son restaurant. Je n’ai toujours pas faim, mais je me dis que la cuisine française va tout résoudre, et pourtant, même devant un verre de rouge et un canard aux figues, ça ne va pas mieux. Jean-Paul m’a proposé de partir trekker avec lui le lendemain dans le parc naturel de Sajama, à la frontière chilienne, mais ça semble compromis. Lorsque nous rentrons à l’hôtel, j’ai de la fièvre et vais directement au lit. Il semble clair que ce n’est pas le mal de l’altitude, mais que j’ai ramené une petite bactérie de la jungle bolivienne…
Dimanche, je me suis levée plus en forme, mais pas assez pour partir trekker. Jean-Paul est resté un jour de plus, et nous en avons profité pour aller voir un spectacle typiquement bolivien, un match de catch durant lequel combattent des Cholitas, ces boliviennes-indiennes aux longues tresses et en costume traditionnel. Je m’attendais à ce que les
combats n’opposent que ces Cholitas, mais en fait, il y a des catcheurs plus traditionnels aux noms et aux costumes ridicules, tels la Tortue Ninja ou le Prisonnier fou. Chaque combat est toute une mise en scène, il y a toujours un gentil qui commence par se faire injustement rouster, mais qui finit par retourner la situation et sort victorieux. Lorsque les Cholitas combattent, c’est toujours le même scénario : le combattant mâle commence par refuser d’affronter une femme, et quitte le ring sous les sifflets du public, puis revient, se prend deux ou trois petites claques typiquement féminines, s’énerve et attaque sauvagement la Cholita, souvent aidé par l’arbitre. Le public compatit, insulte, et jette du pop-corn, des bouteilles en plastique ou encore des restes d’empenadas sur les méchants, et soudain, la Cholita se réveille et finit par mettre une bonne raclée aux deux autres, encouragée par les hurlements de la foule en délire. J’ai bien ri, c’est un vrai spectacle aussi bien sur scène que dans le public, les Boliviens étant totalement à fond. Ils viennent en famille, de la grand-mère au bébé, et vivent les combats comme si c’était réel… Mon estomac va mieux, un petit resto indien le soir pour fêter ça.Et là, Jean-Paul est enfin parti, sans moi, et j’ai décidé de bouger rapidement. Le moral n’est pas au beau fixe, tous ces jours passés à La Paz sans faire grand-chose, tous ces projets annulés n’ont pas aidé, tant pis pour le Huayna Potosi, le 6000 mètres, ce ne sera pas pour cette fois. J’ai passé la journée à déambuler dans La Paz, histoire de profiter de sa douceur de vivre une dernière fois, je me suis perdue dans le coin des mécaniciens, retrouvé ma route au Mercado Negro, acheté des empenadas et du jus de pomme au qinoa aux mamitas, tenté de me faire épiler les jambes dans le coin des coiffeurs pour finalement payer pour que ça s’arrête, mangé des mangues et écouté le refrain mélodieux des crieurs de bus…. Et ce soir, c’est le départ pour Sucre, la capitale administrative du pays, ville réputée pour être une des plus belles d’Amérique du Sud.
Voilà pour cette semaine absolument pas riche en rebondissements, certainement la plus longue et la moins agréable depuis le début du voyage. Annuler tout ce qu’on a eu tant de mal à prévoir, ça met un petit coup au moral. Du coup, ça m’a motivée à avancer un peu plus vite vers le sud, et j’espère rejoindre le Chili d’ici le week-end prochain, et d’ici là, être regonflée à bloc !
L’album La Paz a été mis à jour.
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