Trek autour des Annapurna (1)
Je profite des quelques jours d’inactivité forcée à Pokhara pour enfin mettre en ligne le récit de ces dernières deux semaines, celui du but principal de ce séjour au Népal, le très attendu trek autour des Annapurna. Pour des questions de temps, Valérie et moi avons décidé de n’en faire que la partie principale, nous arrêtant à Jomosom. En effet, nous ne voulions avoir le temps de visiter d’autres parties du Népal après le trek, et cette option nous laissait une dizaine de jours avant l’expiration du visa. Au vu des événements politiques actuels dans le pays, ce n’était pas la meilleure des options, mais on ne pouvait pas le savoir à ce moment-là… Deuxième choix un peu discutable : nous avons décidé de prendre un porteur, ayant peur que la cheville de Valérie ne tienne pas forcément le choc, et que ma condition physique altérée par quelques semaines peu sportives en Asie du Sud Est ne me permette pas de passer le col en portant trop de poids. Sur les conseils de Marion, nous ne voulons pas nous embarrasser d’un guide, et voulons seulement faire porter notre sac entre chaque étape. Nous sommes donc parties pour 13 jours, trajets inclus.
Jour 1 : De Pokhara (820m) à Nadi (930m) : 5H de bus, 45 minutes de marche, 4 km :
A 6 heures du matin, nous rejoignons notre porteur, Sakal, et partons en taxi pour la gare routière. Bonne surprise à première vue : notre porteur parle un anglais parfait, et semble plutôt sympathique. Après un petit déjeuner sommaire, nous embarquons dans un bus bien local, avec un espace d’une vingtaine de centimètres entre les sièges où nous sommes supposés caser nos jambes et nos petits sacs à dos. Après 4H de trajet inconfortable, nous arrivons enfin à Besisahar, et voulons sauter dans le prochain bus qui nous conduira à Bhulbhule, à 1H de là sur une piste de montagne. Là, le ton est donné tout de suite : on est sur un des circuits les plus courus du Népal, et ils en profitent, demandant aux touristes quatre fois le prix que payent les locaux, et malgré une massive opposition israélienne, aucune négociation ne sera possible, le chauffeur préférant voir un groupe de quinze personnes partir à pied plutôt que de baisser ses tarifs. Nous, vu notre contrainte de temps, nous embarquons dans le bus, où nous rencontrons Tim et Andrew, un Allemand et un Anglais qui sont partis pour faire le même circuit que nous. A Bhulbhule, nous attaquons par un petit repas ensemble, et découvrons une des constantes de ces deux prochaines semaines : 1 repas, 1 heure d’attente au minimum. Nous attaquons la marche proprement dite aux alentours des 15 heures, sous les nuages qui commencent à s’amasser au dessus de nos têtes. Au bout d’une grosse demi-heure, c’est le déluge, eau et grêle, et nous nous abritons le temps que ça passe. Mais après une heure et demie, pas d’amélioration, nous finissons par rejoindre le prochain village, Nadi, sous la pluie, et nous y retrouvons Tim et Andrew pour une soirée bien sympa, entre thés et jeux de cartes.
Jour 2 : De Nadi (930m) à Jagat (1300m): 5H de marche, 12 km :
La nuit a été rude pour moi : aller-retour incessant entre la chambre et les toilettes, mes intestins me rappellent que j’étais en Inde il n’y a pas si longtemps… Ajouté à cela que les affaires sont encore bien humides après la rincée de la veille, la journée ne démarre pas dans les meilleures conditions. Mais finalement, une fois partie, tout va mieux. Nous traversons le village de Nadi, salués par les Namaste ! des gamins qui jouent dans les rues, l’occasion pour Valérie et moi de nous régaler en faisant des portraits de minots tous plus beaux les uns que les autres. Puis nous attaquons la vraie portion de la journée. Et là, c’est un peu la déception : le gouvernement a entamé la construction de la route qui va suivre tout le circuit des Annapurna, et ce début de trek se fait donc sur une piste poussiéreuse, empruntée par des Jeep et des bus, le long des chantiers, dans une vallée encaissée, le long de la rivière. Nous étions prévenues, on sait que les deux prochains jours ne seront pas les plus beaux, et je me console à chaque village traversé, vraiment typique, et à chaque sourire d’enfant. Nous nous arrêtons déjeuner encore une fois bien trop longtemps, ce qui nous permet au moins de sécher nos affaires au soleil, mais au moment de repartir, le temps se couvre, et nous avons juste le temps de rejoindre Tim et Andrew, et de nous arrêter à Jagat avant la pluie. De nouveau, nous passons une petite soirée
sympathique tous les quatre, avec en prime une douche chaude, et un rythme qui commence à s’installer : coucher à 20 heures, en prévision d’un lever vers 6 heures.
Jour 3 : De Jagat (1300m) à Karte (1870m) : 5H30 de marche, 13 km :
Aujourd’hui, d’après notre porteur Sakal, toujours aux petits soins pour nous et pour nos nouveau potes, nous nous arrêterons à Tal. Nous partons sous la brume, marchons quatre petites heures dans une vallée que je trouve toujours peu attrayante, traversant des villages toujours aussi agréables, grimpant cette fois quelques côtes un peu plus raides, nous arrivons à Tal en fin de matinée, un Sakal tirant la langue bien à la traîne derrière nous. Bon là, on commence à se dire que ses prévisions de marche ne vont pas nous convenir… Nous nous arrêtons quand même pour déjeuner avec Tim et Andrew qui ont du mal avec le concept de marcher sans manger, et encore une fois, après une heure et demi d’attente pour un plat de pâtes qui en valait vraiment la peine, le ciel se couvre. Valérie et moi décidons de repartir quand même, Tim et Andrew s’arrêteront là, effrayés par la pluie. Nous nous arrêtons à Karte, tout petit village, après plus d’une heure de marche sous une légère pluie, ne voulant pas prendre le risque de rejoindre la prochaine grosse étape, qui est, selon Sakal, à une autre heure de marche. On passe la soirée toutes les deux, un peu dépitées d’avoir perdu nos potes, même si on sait qu’on les retrouvera sur le chemin.
Jour 4 : De Karte (1870m) à Chame (2710m): 6H30 de marche, 18 km :
C'est cool: c’est aujourd’hui qu’on va quitter la vallée… Nous partons d’un bon pas, et atteignons le prochain village en 20 minutes, alors que Sakal nous avait annoncé une heure. Bon, on marche bien, mais quand même, on s’aperçoit qu’il nous raconte juste n’importe quoi ! Donc, on ne l’écoute plus, quand il nous demande où on veut s’arrêter, on lui dit qu’on verra, que cela dépendra de notre vitesse de marche et de la météo. A Darhapani, au poste de contrôle, on croise Julien, un Français qui marche tout seul, et qui nous rattrapera au sommet de quelques belles côtes. J’ai la patate, j’ai l’impression de grimper comme un lapin, c’est sans doute les quelques kilos perdus en Inde qui font la différence. Valérie avance rapidement, mais notre Sakal traîne la langue, alors que son sac n’est pas beaucoup plus lourd que nos sacs à nous, et certainement bien moins lourd que celui des autres porteurs que nous croisons. On l’attend, beaucoup, on lui file des barres de céréales et des fruits secs à manger, d’autant que, avec Julien, nous avons décidé de marcher ensemble, et d’atteindre Chame le plus vite possible, sans pause déjeuner, pour ne pas se faire bloquer par la pluie. Nous arrivons juste avant que le ciel nous tombe sur la tête, et choisissons des petits bungalows accueillants, avant de se régaler des meilleurs momo jamais goutés jusque là. Encore une soirée bien sympa, et un coucher très tôt.
Ce jour-là, j’ai eu une grosse pensée pour mon beau-père dont c’était l’anniversaire. Maestro, je t’ai appelé avant, mais j’y ai bien pensé le jour même, alors, encore une fois, bon anniversaire !!!
Jour 5 : De Chame (2710m) à Upper Pisang (3310m) : 5H de marche, 11km :
Enfin ! Le paysage a changé ! On n’avait pas vraiment pu le voir la veille car tout était bouché, mais là, c’est bon : on se lève avec une vue à tomber sur notre premier sommet qui vaut le coup, l’Annapurna 2 ! Tous les trois, on a la patate, et notre objectif est de rejoindre le village étape d’acclimatation en deux jours, car Julien veut y fêter son anniversaire, tout ça en empruntant le chemin le plus long. Verdict de notre Sakal : pas possible. Nous : même pas peur, on te croit pas ! On part donc tous les trois bien en forme, laissant notre porteur trainaillant derrière, bien décidés à ne pas changer de rythme à cause de lui. Deuxième belle surprise de la journée : Julien et moi apercevons deux renards sur le chemin, nos premiers animaux improbables du trek. Le chemin est relativement facile, et nous marchons d’un bon pas, nous arrêtant régulièrement pour admirer la vue incroyable : d’un côté les sommets, de l’autre une paroi granitique impressionnante, lisse, ressemblant à une gigantesque rampe de skate ou snowboard. On ne se lasse pas de regarder autour et de prendre des tas de photos. Les villages aussi ont changé : les constructions sont de type tibétain, surmontées de drapeaux bouddhistes flottant au vent, et on passe régulièrement des pierres et des moulins à prières, que nous faisons tourner, souhaitant pour Valérie et moi que tout se passe bien durant les prochains jours. Nous nous arrêtons quand même pour manger une soupe, craignant que Sakal ne nous claque entre les doigts, et là, premier accrochage léger : quand Julien négocie les prix, notre porteur s’en mêle en notre défaveur. On lui rappelle donc gentiment que la partie financière ne le concerne pas. Puis nous repartons vers le village de Pisang, et atteignons sa partie supérieure, Upper Pisang, avant que le temps ne se gâte. Là, sur notre véranda battue par les vents et la neige, et pleine de courants d’air, nous passerons une des soirées les plus froides du trek, la lama qui nous accueille refusant de faire du feu. Nous jouons aux cartes avec les gants, et partons nous mettre au lit sous une couverture qui doit bien peser ses dix kilos, histoire de ne laisser au froid aucune chance de se glisser entre elle et nous.
Jour 6 : De Upper Pisang (3310m) à Bhraga (3340m) : 7H de marche, 18km :
Ce jour-là, c’est l’anniversaire de Julien, donc on doit rejoindre Manang, et pour cela, deux options : la facile, passer par le bas, longer la rivière, marcher trois heures, ou la difficile, passer par le haut, avoir une vue qui déchire sur la vallée, se faire un dénivelé positif de plus de 500 mètres en une seule montée, pari impossible selon notre Sakal. Nous, on regarde les distances, on regarde les temps annoncés, on peut le faire. Sakal nous maintient que non, veut couper l’étape en deux, et face à notre refus, nous suggère de le laisser passer par le bas, et de se retrouver au village où les chemins se rejoignent. Banco, on fait ça, d’autant qu’il commence à nous agacer à ne pas avancer quand on marche, et à ne pas nous lâcher d’une semelle quand on ne marche pas. On part, on se fait une heure de terrain vallonné avant d’attaquer la grande montée raide, et on atteint le petit village de Ghyaru en moins de deux heures. Le village valait le détour, et nous offre des scènes de travaux des champs et un panorama sur la vallée à couper le souffle. On continue vers le village de Ngawal, celui où Sakal devait nous faire dormir, que l’on a atteint en 3H30 : ça faisait quand même un peu court l’étape… Là, Julien et moi manquons de mourir embrochés sur une flèche sauvage, qui s’est égaré lors du concours de tir à l’arc auquel participent des habitants bien imbibés d’alcool local… Toujours en vie, on continue notre chemin, quittons le village et continuons à redescendre vers la vallée. On carbure, bien décidés à atteindre Manang le soir même. Sakal nous avait prévu une arrivée vers 15H30 à la jonction, nous l’atteignons à 12H45, et nous offrons même le luxe de manger un énorme sandwich au fromage de yak avant de redémarrer. Changement de plan : Sakal a croisé nos deux potes Andrew et Tim, ils s’arrêteront à Bhraga, le village précédent Manang, et on décide de les rejoindre. Eux se sont fait une matinée tranquille, chemin du bas, petit-dej, brunch, lunch en route, et on les retrouve au New Yak Hotel frais comme des gardons, alors que moi, j’accuse un peu la fatigue. Pas de souci, on a une journée d’acclimatation à faire, l’hôtel est génial, c’est le moment pour être un peu naze. Je me tape une bonne sieste… Le soir, nous fêtons l’anniversaire de Julien calmement autour de quelques bières. 27 ans sous les sommets des Annapurna, mémorable… alors Julien, encore une fois, bon anniversaire, ça a été un plaisir de le passer avec toi dans un tel cadre.
En ce jour, une énorme pensée pour Cécile et Alan qui se sont mariés. Tout le bonheur du monde à vous deux !
Jour 7 : Bragha, journée d’acclimatation :
Aaaah ! Le bonheur ! Dormir deux nuits au même endroit, ne pas refaire le sac, ne se lever que quand on veut ! C’est la journée d’acclimatation, ou la journée glande pour nous trois. Bragha, c’est beau, et on ne se sent pas d’attaque pour une marche supplémentaire. Alors que Tim, Andrew et quelques autres partent pour le Ice Lake, Julien, Valérie et moi décidons de profiter du beau temps, du village, et des possibilités culinaires offertes par le New Yak. Nous admirons la vue de nos fenêtres (sur la prairie, avec les chevaux sauvages qui courent), de la terrasse (sur la rue, avec les vaches qui vont réclamer des carottes au lodge d’à côté, ou sur le haut du village avec son monastère tibétain qui se dresse fièrement au sommet). Nous décidons quand même de nous bouger et de partir visiter ledit monastère avant l’habituelle averse de l’après-midi. Nous traversons un champ, mitraillant veaux et poulains qui se prélassent, puis montons les rues du village pour atteindre son point culminant, le monastère qui nous offre encore une fois une vue panoramique incroyable. Nous redescendons, en vue de l’averse qui se profile, mais pour la première fois depuis le début du trek, il ne pleuvra pas. Je me fais plaisir avec le dernier bout de fondant au chocolat disponible, sous les yeux inquisiteurs de Sakal qu’on a de plus en plus de mal à supporter. Il est sans arrêt derrière nous, on ne peut pas faire un mouvement sans qu’il soit en train d’essayer de l’anticiper (sauf quand il s’agit de randonner…), et je ne supporte plus le fait qu’il nous regarde manger en faisant des bruits bizarres sans arrêt. Il interrompt des conversations pour rien, ou pour caler que sa femme a besoin d’un traitement hormonal coûteux à l’hôpital, et ça devient pesant de se sentir mal à l’aise à chaque fois qu’il est autour de nous. Et je suis inquiète pour la suite au vu de ses capacités physiques révélées ces derniers jours… Valérie et moi sommes d’accord, à partir du lendemain, on va à notre rythme, on arrête de l’attendre sans arrêt, car c’est le meilleur moyen pour nous de nous mettre en difficulté. Nous passons la soirée autour du feu, d’un jeu de cartes, et de la bonne cuisine du New Yak.
La suite arrive incessamment sous peu... et comme on ne peut pas avoir que la poisse en ce moment, j'ai mis toutes les photos en ligne,celles de Katmandou, et celles du trek.
Pendant que je me régalais dans la montagne, deux petits bouts sont nés en France: alors félicitations à Cécile et Joris pour la naissance d'Antoine, et de gros bisous à Julie, Jerôme et toute la family pour la naissance de Maellys. Cécile, merci pour les photos, et Julie, j'en veux!!!