Prise de Têt
Pouvoir passer la fête du Têt au Vietnam était pour moi une chance inespérée. Encore une erreur… En revanche, côté météo, tout s’arrange, et à quatre heures du matin, à Hanoi, il fait doux. Dur, dur, par contre le comportement des Vietnamiens. Marie et moi, on se fait arnaquer comme il faut en revenant de la gare par un taxi avec un faux compteur. Tu apprends vite ici, une fois, pas deux, le compteur, c’est fini, maintenant, on connait le prix des courses. On a la chance de tomber sur un super petit hôtel juste à côté de l’ancien, tout juste ouvert et qui fait son trou, tenu par un Viet et un Français super sympas. Ils nous donnent tout de suite une chambre sans discuter et sans nous faire attendre jusqu’à sept heures du mat’ comme les autres.
Après un peu de glandouille et un petit dèj’, on va prendre des nouvelles de mon passeport à l’ancien hôtel. Il reviendra bien de l’ambassade d’Inde jeudi, et sera acheminé jusqu’à Hué, ma prochaine étape. Y’a donc plus qu’à réserver le bus 5 stops jusqu’à Saigon, la solution la plus économique pour traverser le Vietnam. Et là, première surprise : le prix du bus a doublé depuis notre dernier stop à Hanoi. Ben oui, c’est le Têt, donc tout double. Bon, de toute façon, pas le choix, donc je fais quelques agences pour vérifier, et effectivement, partout, c’est pareil. Je décide de réserver à notre nouvel hôtel, et là, le gars refuse de me vendre le billet, car il me dit qu’avec le Têt, tous les transports sont bloqués pendant trois jours, et donc blindés avant et après, et que s’il me vend le ticket, je vais me retrouver coincée au milieu du Vietnam, et devoir attendre que tout se débloque. Sympa de m’avoir prévenue, Les autres me vendaient le billet sans rien dire… Bon, là, il faut un plan B, et il n’y en a pas : tous les trains et avions intérieurs sont pleins, je risque de me retrouver coincée sachant que les prix des hôtels et de la nourriture va tripler, ça sent pas bon. Il faut passer au plan C, qui sera de quitter le Vietnam. Sachant qu’il me reste un mois-et-demi avant mon vol pour l’Inde, et qu’on m’en a dit le plus grand bien, je décide de réserver un vol pour le Cambodge : explosion de budget, mais me faire racketter par des Vietnamiens pas aimables sous prétexte que c’est le Têt ne me dit rien non plus. Je retourne à l’hôtel où ils ont mon passeport, et voit le manager censé l’apporter à Hué pour lui dire de le laisser à Hanoi, puisque j’ai changé de plans. Pas de problème, il me réserve même un taxi pour l’aéroport le samedi matin à leurs frais, pour s’excuser du retard. Cool ! On finit la journée entre massage, spectacle traditionnel de marionnettes sur l’eau et petit restaurant excellent au milieu du vieux Hanoi.
Le lendemain, mercredi, on part pour Ninh Binh, petite ville qui sert de point de départ pour la baie d’Halong terrestre. On prend encore une fois le bus local, et on arrive à Ninh Binh dans l’après-midi. Le temps d’avaler un repas rapide, parce que là-bas, il y a trois boui-boui qui se courent après, tous à côté, et tous avec la même carte. Le choix est donc vite fait. Le temps couvert et l’heure tardive nous font renoncer à l’idée de louer un scooter, et on part vers le marché. Là, première surprise : des gamins nous crient des grands « Hello ! » dans la rue. Nous, naturellement, on leur répond. Et là, on a droit à un « Fuck you ! » avec un petit majeur dirigé vers le haut. Bon, celle-là, on me l’avait jamais faite, et ça se reproduira deux ou trois fois en l’espace d’une heure, au point qu’on ne sache plus si on doit répondre quand on nous parle. Ambiance… Puis petite pause café au marché. Les gens semblent sympas et détendus, on ne se méfie pas, on se pose, on discute avec les mains, grands sourires, tout se passe bien, et on oublie de demander le prix du café avant de commander. Grave erreur : on nous charge trois fois le prix habituel. Bon, on continue jusqu’à la pharmacie, où Marie a besoin d’un médicament. La dame lui trouve, et pendant qu’on lit la notice pour vérifier, je la vois qui enlève l’étiquette collée sur la boîte. Elle réclame ensuite à Marie le double de ce qui était noté, prétextant qu’il y a deux doses et pas une, blah blah… et Marie est coincée, car c’est la seule pharmacie qu’on a trouvée où on parle anglais, donc pas le choix, elle paye, les dents serrées. Plus ça va, et plus je me dis que finalement, l’option Cambodge, ce n’est pas la plus mauvaise… Après un repas original (nem et soupe au bœuf, c’est à peu près tout ce qu’on propose là-bas), on va se coucher un peu écœurées par la journée.
Demain étant un autre jour, on quitte la guesthouse en scooter pour aller visiter les alentours, en ayant remis les compteurs de nos relations avec les Vietnamiens à zéro. On part pour Tam Coc, d’où il est possible de faire une petite promenade de deux heures en bateau, au milieu des rochers qui dominent les rizières. On prend nos billets, et c’est parti pour un beau moment de calme et de sérénité au milieu de paysages exceptionnels. Notre canot à rames glisse paisiblement entre les grottes et les rizières, et tout est parfait jusqu’à ce que notre rameuse et sa copine commencent à vouloir nous vendre leurs babioles. Bien sûr, on n’en veut pas, donc on devient vraiment moins intéressantes. Mais il y a encore un moyen de nous soutirer de l’argent : le « pourboire », le seul mot qu’elles connaissent en français, et qu’elles nous répètent en boucle pendant 5 minutes. On arrive à une sorte de temple, et elles nous annoncent que la balade est finie après 1H15 au lieu des deux heures prévues. Bon, ben, pour la peine, pas de pourboire… On descend, et là, on s’aperçoit qu’elles nous ont déposé au milieu de nulle part, qu’on a un bon kilomètre à marcher pour revenir au point de départ, et que tous les autres touristes rentrent en Bateau, eux… On va se plaindre au guichet pour la forme, mais ils s’en fichent, on n’en attendait pas mieux. On
part ensuite visiter une pagode, puis on se fait un buffet pas trop mal, obtenu à moitié prix, sans rien demander. Comme quoi, ils chargent bien au moins deux fois ce qu’ils devraient faire payer… Puis on part vers le village flottant de Ken Ga, à une trentaine de kilomètres dans la campagne. Les paysages traversés pourraient être magnifiques, mais malheureusement, tout est en travaux : construction de routes, de gros bâtiments en béton, dragage de la rivière, ils dénaturent tout au non de développement. On arrive finalement à Ken Ga au bout d’une heure, et on croise un Français arrivé par l’autre côté qui nous dit n’avoir rien trouvé à voir. On traverse le village, qui, s’il est au bord de l’eau, n’a rien de flottant, et on décide de repartir, car le temps se couvre. On va prendre l’autre route, qui rejoint la nationale, et éviter les petits chemins de terre par lesquels on est arrivé. Mais pas si simple de sortir : une femme a abaissé une barrière devant le pont et nous demande de payer un dollar. L’autre Français a déjà payé en arrivant, et nous, on est passé trois minutes, et on ne comprend pas pourquoi on doit payer, d’autant qu’il n’y a ni affiche, ni ticket, ni aucune raison. La petite plaisanterie va durer cinq minutes, elle ne lâche pas l’affaire, fait obstruction avec son corps, et on doit littéralement lui rouler dessus pour qu’elle nous laisse passer. Puis un kilomètre plus loin, rebelote : nouvelle taxe de 1 dollar au milieu de la route, avec une barrière qui s’abaisse bizarrement juste avant le passage d’un touriste. Là, on menace de bloquer la route jusqu’à ce qu’on nous laisse passer, ce qui va durer 5 autres minutes, jusqu’à ce que des Vietnamiens arrivent et n’aient pas envie d’attendre : pas le choix, faut lever la barrière et on s’engouffre. On rentre à l’hôtel sous la pluie, on raconte ça à notre logeur, très sympa au demeurant, qui hallucine en nous disant que c’est du racket. On souffle, plus qu’une seule journée pour moi, je vais tenir…
Vendredi, c’était le retour sur Hanoi, dans un bus où le responsable était sans doute une des personnes les plus grossières et bruyantes que j’ai rencontrées. On retourne à notre hôtel, et je pars chercher mon passeport juste à côté. Et là, surprise : mon passeport est parti à Hué. Comment c’est possible ? Je ne sais toujours pas. Le manager a qui j’ai parlé, qui m’a confirmé que je pouvais prendre mon vol pour le Cambodge, qui m’a booké un taxi pour le lendemain matin, est semble-t-il parti avec. Il refuse évidemment de me parler au téléphone, mais la petite Vietnamienne au guichet me dit de ne pas m’inquiéter : mon passeport arrivera le soir même par avion, car ils ont des clients qui reviennent de Hué. Là, c’est trop : mon passeport est donc au milieu du Vietnam, et va être confié à des gens que je ne connais même pas… C’est bon, la seule chose que je veux, c’est le récupérer et me barrer de ce pays de dingues. L’avion devrait atterrir à 19 heures, il faut donc que je revienne à 21 heures pour le récupérer. Génial, ça ne pourrit pas du tout la soirée. Pas de sérénité donc pour cette dernière journée vietnamienne, même si on essaiera d’en faire ce qu’on peut, entre shopping, massages et petit resto. A 21 heures, je retourne chercher mon passeport qui est … toujours pas là ! Non, mais pas de problème, il arrive avant minuit, peut être dans trois quarts d’heure. Là, j’ai passé le stade de l’énervement, je suis juste complètement désespérée, et ne veut même plus savoir le pourquoi du comment : je veux mon passeport, et monter dans un avion. Je prends la bière qu’on me tend pour me calmer et enchaîne des cigarettes, dépitée, et récupère finalement le passeport au bout d’une demi-heure, sans demander un mot d’explication, juste contente de savoir que je pars dans quelques heures. Je rejoins aussi Marie, qui a ses problèmes de son côté et est dans un état de désespoir proche du mien, et on va boire des Ricard et des Ti Punch au bar d’expats à côté, trinquant à notre fuite en avant.
Mais le Vietnam ne me laissera pas partir aussi facilement : jusqu’à Phnom Penh, j’aurai affaire à eux. Lorsque je récupère mes bagages, la housse de protection de mon sac à dos, le truc en grosse toile épaisse que je traine depuis six mois, sur lequel je me suis assise, qui a fait les soutes des bus péruviens et boliviens, qui est tombé du toit d’un pick-up, que j’ai trainé par terre, et qui n’a jamais bougé, est complètement arraché. Même ici, il aura fallu que je passe encore une heure à palabrer sec avec les employés de Vietnam Airlines, qui se fichent totalement de savoir ce qui est arrivé à mes bagages.
Bien évidemment, je quitte le Vietnam sans regret. Le projet était au départ, lorsque j’ai réservé le vol pour le Cambodge, d’y revenir plus tard dans le voyage, depuis le Laos, pour visiter la partie que je n’ai pas pu voir. Mais franchement, tous les événements des derniers jours m’ont écœurée, et si quitter ce pays et ses habitants fut un tel soulagement, ce n’est sûrement pas la peine d’y retourner. Le seul moyen de visiter ce pays et en apprécier ce qui reste de ses charmes (et ils ne vont pas durer…), c’est à mon avis l’agence de voyage locale qui organise les choses de A à Z, et évite qu’on ait à trop avoir de contacts avec les gens. C’est malheureux, on se passe le mot dans toute l’Asie, et de plus en plus de voyageurs écartent maintenant ce pays de leur circuit. Si la baie d’Halong restera un lieu dont je me souviendrai, je n’ai rien d’autre à dire de positif sur le Vietnam, qui vient de se placer tout en bas de ma liste, et même plus que ça. Pas envie de faire un bilan, en deux mots, ce n’est pas cher, mais les gens ne m’ont donné aucune envie de revenir… J’ai rajouté quelques photos sur l’album, certaines prises par Marie, d’autres des derniers jours.
Episode clos, on se retrouve au Cambodge, avec le sourire, cette fois !