Flores: la traversée

Publié le par Ophelie

Départ de Luabanbajo le matin dans un bemo, minibus local dans lequel s’entassent humains et animaux, du pauvre coq à l’aile coincée sous un carton, au cochon à l’intérieur du même carton… Quatre heures de route en virages serrés, quatre heures de vomissements quasi-constants pour quelques malchanceux qui passent leur temps le nez à la fenêtre… pour arriver sous la pluie à Ruteng. J’atterris dans un hôtel miteux, pour changer, mais pas le courage de parcourir la ville dans ces conditions. Je tente une sortie quand la pluie se calme, mais la ville n’est pas engageante, et je suis vite encadrée de quatre Indonésiens qui veulent parler anglais, marcher avec moi, m’amener dans un bar pour regarder le match de foot, me faire faire un tour de mobylette, tout ça en même temps. Voyager seule, ça n’a pas que du bon… Je rebrousse chemin et retrouve à l’hôtel deux couples avec qui j’avais plongé à Luabanbajo, qui sont venus avec un chauffeur et me racontent leur journée passée à se faire courir après par des villageois en quête de donations. C’est clair : Ruteng, ce ne sera pas pour moi, et au vu de ma première impression, je me tâte à retourner quelques jours à Luabanbajo avant de voler vers Bali ou Lombok. Dans la soirée arrivent Denise, Micha et Thomas, rencontrés à mon hôtel la veille, et eux non plus ne sont que très peu emballés par ce qu’ils voient. Pas de décision pour ce soir, nous attendrons de voir si la nuit a porté conseil… Et le lendemain, nous embarquons finalement dans une voiture pour Bajawa, laissant derrière nous une ville qui ne nous a pas donné envie de la découvrir.

L’arrivée à Bajawa ressemble à celle de la veille, la pluie en moins. Encore une fois, il faudra se résoudre à payer bien trop cher pour une chambre miteuse, et Denise et moi essayons d’en prendre notre partie, et arrêtons d’espérer un peu de propreté. Nous rencontrons un couple d’Allemands, Rudy et Patricia, et décidons de partir avec un guide pour la journée du lendemain, à la découverte des villages traditionnels. Encore une fois, il faudra compter avec un temps bien brumeux et de Indonesie 5623bonnes averses, ce qui nous empêche un peu d’apprécier la beauté des paysages. Notre guide nous emmène d’abord dans les champs, et nous fait découvrir les cultures locales : café, cacao, vanille et noix de cajou. Nous nous abritons chez l’habitant le temps de laisser passer une première averse puis continuons jusqu’au premier village traditionnel, Luba. Il ne fait pas partie de la liste des guides de voyage, nous y sommes donc accueillis à bars ouverts par Louisa, la doyenne âgée de 94 ans, qui nous fait un café en attendant que la deuxième grosse averse passe. La particularité de ces villages, c’est la présence au milieu de totems qui symbolisent les clans qui constituent sa population. Leur religion est un mélange de christianisme et d’animisme, et les totems, en forme de parasols pour ceux qui représentent les hommes et de maisons pour ceux qui représentent les femmes, cohabitent avec des tombes que l’on a l’habitude de voir dans nos cimetières. Nous parcourons le village, Indonesie 5715accueillis devant chaque maison par des femmes et des enfants curieux de savoir d’où nous venons. C’est l’occasion pour moi de ressortir mon indonésien enfoui dans un coin de mon cerveau depuis notre premier séjour ici… et de me marrer comme une gosse avec un des petits habitants, Epiphanio, qui a sans doute le sourire le plus grand et le plus contagieux que j’ai vu depuis le Cambodge. Après une séance photo avec Louisa, nous quittons Luba pour un deuxième village, Bena, beaucoup plus visité par les touristes, et où nous devons donc nous attendre à être moins bien accueillis. Mais si les Indonesie 5778hommes, occupés aux préparatifs d’un mariage qui aura lieu dans les prochains jours, ne nous accordent que très peu d’attention, ce sera encore une fois une franche partie de rigolade et un appréciable retour en enfance en compagnie des gosses du village, hilares de nous voir nous joindre à eux pour jouer à la marelle. Nous quittons Bena en saluant nos petits potes Indonésiens qui courent autour de nous, et remontons dans notre bemo pour retourner à Bajawa. L’après-midi, ce sera détente et bain aux sources chaudes de Soa. Et là, je dois dire que je suis impressionnée : des sources chaudes, j’en ai vu quelques unes en Amérique du Sud, mais celles de Soa sont sans Indonesie 5830conteste les plus belles. L’environnement naturel a été préservé, et on se prélasse jusqu’à être tous ridés dans une eau à 35°, entre cascades et bassins qui font office de jacuzzis. Nous rentrons à l’hôtel à la nuit, enchantés de notre journée, et j’ai enfin l’impression d’avoir fait le bon choix en persévérant malgré ma mauvaise impression à Ruteng. Denise et moi avons décidé de continuer la route toutes les deux, elle dispose de peu de temps, donc dès le lendemain matin, nous sautons dans un bemo pour notre prochaine étape, Moni.

Nous y arrivons en début d’après-midi, le temps est encore une fois couvert, mais la bonne surprise, c’est l’hôtel, qui pour une fois se révèle être à peu près propre, même si la patronne est au premier abord peu engageante. Nous passons l’après-midi à discuter, bientôt rejoint par la même patronne, Maria, qui se déride, et se révèle être une vraie maman poule qui nous offre café, thé et gâteaux Indonesie 5844plusieurs fois dans l’après-midi. Nous y faisons également la connaissance d’Edi et Herman, qui travaillent pour une ONG Suisse chargée de développer, améliorer et encourager les infrastructures touristiques locales sur Flores, ce qui est à mon avis une noble cause, car il y en a bien besoin… Ils me confirment ce que Marion m’avait écrit, qu’il y a un havre de paix à ne pas louper pas loin de Maumere, notre prochaine étape, et se font un plaisir d’appeler et de me réserver un petit séjour là-bas. Nous dînons en compagnie d’un couple d’Irlandais, et nous couchons tôt en prévision du lendemain matin : le quasi-seul intérêt de Moni, c’est qu’il s’agit du point de départ pour aller admirer le volcan Kelimutu et ses trois lacs de couleurs différentes, et le meilleur moment, c’est bien sûr le lever du soleil. Départ à 4H30 pour une rude montée en bemo et une petite marche pour atteindre le belvédère qui offre le point de vue sur les cratères et ses trois lacs. Encore une fois, nous jouons de malchance avec la météo, le temps est couvert, et nous n’apercevrons que deux des lacs entre les traînées de nuages… Nous redescendons en bemo, car Denise veut rejoindre Maumere le plus tôt possible pour réserver un vol pour Bali, sans regret, car la ballade qui aurait pu être magnifique aurait du être faite sous une pluie battante… Nous déjeunons à notre hôtel, apprenons que la France s’est encore une fois ridiculisée au football la veille au soir, et sautons dans un bus pour Maumere.

Nous atteignons la ville en début d’après-midi, sous un soleil de plomb, réservons rapidement notre billet d’avion, et nous quittons là, puisque je dois maintenant pratiquer mon indonésien pour tenter de me faire emmener en ojek, taxi-mobylette, au terminal de bus, et trouver celui qui me déposera à une trentaine de kilomètres, à Waiterang. Après une petite arnaque d’un chauffeur de mobylette, je me retrouve dans un minibus blindé de sacs de riz, de carrelage et du nombre maximum de personnes qui peuvent s’entasser par-dessus tout ça, et prie pour avoir réussi à expliquer où je devais m’arrêter à un chauffeur qui parle aussi bien anglais que moi chinois. Mais les autres voyageurs veillent sur la seule orang putih du bus, et sonnent l’alarme quand il faut descendre. Et j’arrive à Ankermi, un petit oasis tenu par Kermi et sa femme Claudia, où le seul bruit que l’on entend est celui de la mer et des canards élevés dans le jardin. Et là, je dis merci, merci Marion Indonesie 5915pour la recommandation : j’ai passé quatre jours de farniente total, à enchaîner dix heures de sommeil (et ceux qui ont voyagé un peu en Asie savent que c’est plutôt rare si on n’a pas le sommeil aussi lourd qu’un trente-six tonnes…), à lire, à me régaler car la nourriture là-bas est exceptionnelle, à contempler des couchers de soleil magnifiques, bref à me ressourcer dans mon petit bungalow qui avait un goût de luxe. Je me suis également régalée de paysages sous-marins, puisque Claudia et Kermi ont aussi un centre de plongée. Et ça vaut le coup ! Pas de mantas où de requins à profusion, mais des plongées sur épave et sur fonds sableux, à la recherche de petites bêtes étranges : nudibranches colorées, minuscules crabes poilus, crevettes en tous genres… Et un tombant qui ne vaut certes pas les coraux de Komodo, mais qui restera un excellent souvenir. Le point noir du séjour – et oui, il y’en a un - , c’est que j’ai vraiment fait ma blonde, et n’ai pas, pour une fois, sans doute la seule, testé l’étanchéité de mon caisson avant la première plongée, et un grain de sable qui s’est vicieusement glissé sur le joint  a provoqué la noyade et la mort de mon appareil photo. Donc, pas de photos, et j’espère trouver à Bangkok son petit frère qui n’est plus fabriqué en Europe…

Et comme toutes les bonnes choses ont une fin, j’ai quitté Ankermi, son calme et sa nourriture exceptionnelle qui m’ont fait reprendre une petite partie des kilos laissés sur les chemins népalais, et suis de retour à Bali. Juste à temps pour voir le dernier match de l’équipe de France ! Et l’ironie du sort fait que j’ai vu les Bleus se ridiculiser en compagnie du couple d’Irlandais rencontrés à Moni, qui ne cachait pas leur satisfaction… Juste retour des choses ?

Il me reste une grosse semaine en Indonésie avant que mon visa n’expire, et je ne sais pas du tout où je vais la passer. J’ai quelques heures pour prendre une décision et réserver un transport pour demain. La suite dans quelques jours depuis la Malaisie ! Les photos sont après les précédentes…

Publié dans Indonésie

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J


Un coucou du Bourget et encore un immense bravo pour toutes ces belles histoires et ces merveilleuses photos. Je te souhaite un très bon retour parmis nous car les bonnes choses ont toujours une
fin et surtout les meilleures. Au plaisir de te revoir Ophélie. Gros bisous !!!


J-Louis



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O


Hey! Comment ça va sur les bords du lac??? Merci pour tous tes compliments, ça fait bien plaisir ;) Et oui, tout à une fin, mais c'est sans regret: final en beauté en bonne compagnie. A très
bientôt sous les cieux savoyards! Gros bisous à toi!



K


Coucou Ophélie,


J'hallucine sur les photos de coucher de soleil, les couleurs sont magnifiques, on a l'impresion qu'elles sont retouchées!!!! Ca doit être impressionnant!!!! Je vois que tu assures toujours à la
marelle, bravo!!! Même en portant un enfant, tu as vraiment la forme!!!! Ici, bientôt les vacances, plus que 2 jours de boulot; en plus l'été est enfin arrivé... j'ai attaqué le bronzage ce week
end!!!!


Je vois que tu as suivi l'actualité footballistique et c'est vrai que cette coupe du monde c'est vraiment le désastre, imagine ma déception!!!! Tu as choisi les bons partenaires pour suivre le
naufrage des bleus, ils sont vraiment contents en Irlande!!! Vivement la suite avec le nouveau sélectionneur; merci Domenech pour ces 4 années de gâchis!!!


Profite à fond de cette derbière ligne droite, je crois que tu vas bientôt retrouver ton chéri...


Gros bisous


Karine



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O


Et oui, t'as vu, j'assure! Prête à retrouver les minots en septembre...


Fabien te fait dire que t'as regarder le curling: pas de sous pour aller aux p..es, pas de femmes, et du souffle, vachement moins de déception, quoi!


Bon, on se voit en Aout? Gros bisous ma potesse!



V


Trop les boules pour l'appareil photos... On se laisse parfois avoir par les habitudes ou la distraction, moi la première : j'écris de l'aéroport de Londres alors que je devrais être en France
depuis plusieurs heures ! Pendant que je faisais la queue, j'ai pas entendu l'appel pour les derniers passagers pour Lyon (faut dire que c'était un gros b... à Gatwick) et tête en l'air, j'ai pas
vu l'heure : avion raté !!! Non non, ce n'est pas un acte manqué... Enfin, je crois pas ;-)



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O


Ah, ah! Je ne crois pas à l'acte manqué, pas avec ta famille qui t'attend à l'aéroport, même si la fin est dure! J'espère que tout se passe bien pour toi, et que les larmes d'émotion ont fini de
couler. De mon côté, j'entame le dernier mois avec sérénité: tout est bien qui se finira bien, et ce sera parfait comme ça. Je t'embrasse et à très bientôt. 



M


Bien contente que tu es autant apprécié Ankermi, c'est vrai qu'après les hotels glauques et la formidable  cuisine de Ruteng et Bajawa c'est un vrai petit coin de paradis , surtout pour les amoureux des fonds marins comme toi. En tout cas tu as l'air en forme et ca fait plaisir. Continue à
profiter et bientot bien entourée ...  Bises de nous 2



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O


Salut à vous 2! Oui, merci pour le conseil, Ankermi, c'était top! J'ai hâte de vous revoir... A très bientôt, je t'envoie un mail après-demain... Bises de fab et moi à vous 2.



I


Coucou Ophélie. C'est avec plaisir que j'ai lu ton récit sur Florès, c'est vrai que la plupart des hébergements sont assez sommaires, on ne connait pas celui ou tu es allée les 4 jours. Je pense
que la météo y est pour bcp sur le fait que tu es moins apprécié. Nous avions fait le Kelimutu avec un super lever de soleil et un ciel tout bleu, les villages autour de Bajawa sous le ciel bleu
et c'est vrai que ça change tout. On te fait d'énormes bisous et à bientôt en Savoie pour nous raconter ton périple. Famille TOCHON



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O


J'ai quand même beaucoup aimé Bajawa, et l'endroit où je suis allée près de Maumere est à recommander si vous connaissez quelqu'un qui part là-bas. Effectivement, une météo aléatoire, et ça a
continué à Bali. J'espère que d'ici Aout, tout sera revenu au beau! Je vous embrasse tous les 3 et à très bientôt.